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LES TÉLÉPHAGES ANONYMES

Il était une fois Lurdo & Sygbab, deux internautes passionnés de séries tv et de cinéma, et qui cherchaient un endroit où archiver leurs avis (semi) éclairés...

Humour, sitcom et... 4 - Modern Family, famille recomposée

Publié le 12 Décembre 2012 par Lurdo dans Critiques éclair, Review, Télévision, Sitcom, Comédie, ABC

Soyons clair : Modern Family est une bonne sitcom.

La réalisation pseudo-documentaire est dynamique ; le rythme et l'écriture sont solides ; la distribution est éminemment attachante et talentueuse ; le sujet des familles recomposées est traité avec finesse et bonne humeur, au point de faire de la série une oeuvre populaire et dans le zeitgeist ; bref, pour faire simple, Modern Family est un show qui mérite un certain succès.

Est-ce pour autant vraiment ce nouveau classique instantané du genre, ce chef d'oeuvre encensé par les médias, et qui rafle toutes les récompenses de la profession ? Pas vraiment.

Car une grande partie du succès de Modern Family, c'est son caractère familier. Retirons en effet le gimmick de la famille "recomposée", et le vernis de la forme documentaire de la réalisation (qui n'est guère plus qu'un gimmick d'apparat), et l'on s'aperçoit bien vite que Modern Family n'a de "Modern" que le titre.

Les acteurs, tout excellents qu'ils soient, sont ainsi dans leur "comfort zone", et quiconque a un peu d'expérience dans le domaine des séries US aura du mal à se défaire d'une impression de déjà vu quand apparaissent les personnages à l'écran : Julie Bowen en névrosée coincée ? Boston Legal. Sofia Vergara en latina hystérique ? Knights of Prosperity. Ty Burrell en mec balbutiant et incapable ? Out of Practice. Jesse Tyler Ferguson en gay un peu coincé ? Do Not Disturb ou The Class. Même Ed O'Neill finit par évoquer parfois Ted Bundy (en nettement moins idiot, certes)...

Femmes au foyer, hommes au boulot ; gays flamboyants ; ado coincée plongée dans les bouquins ; ado idiote et superficielle ; garnement pas très finaud ; père balbutiant ; mère autoritaire ; différence d'âge dans le couple ; etc, etc, etc : tous les archétypes de la sitcom familiale américaine sont présents, et, finalement, on n'est pas très loin d'un Step by Step (Notre belle famille).

Seul change l'enrobage, à vrai dire, car les scénarii fonctionnent, eux aussi, sur des ficelles bien éprouvées, et pas forcément très originales. Et c'est là la force de la série : cette familiarité permet à tout le monde de s'y retrouver, ou d'y retrouver l'un  ou l'autre des membres de sa propre famille. En brassant très large tous les archétypes de la comédie télévisuelle familiale, MF touche ainsi des cases démographiques totalement opposées : d'un côté, les libéraux gays ravis de voir un couple homo adopter un enfant, et de l'autre (véridique), toutes les familles conservatrices républicaines, qui sont prêtes à fermer les yeux sur "les gays" tant que de bonnes valeurs familiales sont inculquées aux enfants Dunphy, et résumées en fin d'épisode par une petite morale en voix off.

De quoi faire du show un succès commercial indéniable. Maintenant, de là à crier au chef d'oeuvre ou au coup de génie, il y a un gouffre que je suis loin d'être prêt à franchir...

En bref : Malgré son nom, Modern Family, c'est très très classique, et ça n'a de vraiment moderne que sa forme. Mais en s'affranchissant des rires enregistrés et des décors de studio de mise dans le genre, la série a su se démarquer de la concurrence, et donner une impression de renouveau. Efficace ? Oui. Amusant ? Sans nul doute. Parfois même touchant ? Tout à fait. Original ? Déjà nettement moins, tant on est en terrain nettement rôdé et défriché par des décennies de shows similaires. MF, c'est bien, mais ce n'est pas exceptionnel.

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Humour, sitcom et... 3 - How I (never) Met Your Mother

Publié le 6 Décembre 2012 par Lurdo dans Critiques éclair, Review, Télévision, Comédie, Sitcom, Romance, CBS

Il était une fois... une série fraiche et sympathique, au potentiel énorme. Avec son ton léger et décalé, sa narration originale à base de flashbacks et d'effets de style intéressants, sa distribution attachante, et son postulat de départ intriguant (un père raconte à ses enfants comment il a rencontré leur mère), How I Met Your Mother avait tout pour devenir la digne héritière de Friends, et pour rester dans les mémoires comme une série culte.

Seulement voilà : avec le succès populaire, les renouvellements et les extensions de contrat, l'équipe de production de HIMYM commence à perdre pied. Très rapidement, les premiers signes d'un épuisement créatif apparaissent : les personnages s'engagent lentement sur une pente savonneuse qui fait d'eux des caricatures ambulantes, Barney devient de plus en plus présent, et les scénaristes délaient de plus en plus l'introduction du personnage-titre, se perdant dans des détours toujours plus tortueux pour retarder son apparition.

Et puis, vers la fin de la saison 4, il est décidé de rapprocher Barney et Robin, pour les mettre en couple, dans ce qui ressemble bien au jump-the-shark de la série.

Car le couple, plein de potentiel, semble poser des problèmes de taille à la production, qui ne sait trop comment le traiter, au point de rebuter totalement les fans outre-atlantique. Aussitôt, la production panique, et fait volte-face : après les quelques premiers épisodes de la saison 5, le couple ne sera plus traité que hors-champ, et rapidement dissout, une manière pour les scénaristes de revenir le plus vite possible au status-quo habituel, et de ramener Barney à son rôle classique de play-boy improbable.

Un Barney tellement érigé comme icône de la série, qu'il en devient une béquille évidente, poussé dans ses retranchements, et simplifié au maximum à ses composantes de base : il drague et il couche, point (un syndrome aussi connu sous le nom de Syndrome Joey - du nom du personnage dans Friends, et pas du spin-off qui, au contraire, développait joliment le caractère de Tribbiani - et qui veut que plus une sitcom dure dans le temps, et plus ses personnages deviennent des caricatures d'eux-mêmes).

Lily, de son côté, devient progressivement une mégère autoritaire et envahissante, peu aidée par une Alyson Hannigan dont le jeu devient de plus en plus outrancier au fil des ans ; Marshall prend du poids, et perd en intérêt, avalé par son couple et son mariage avec Lily ; Robin devient quasi-invisible, s'amourachant hors champ d'un autre homme, puis partant au loin pour revenir aussitôt ; et Ted... ah, Ted... de jeune premier romantique à la recherche de l'amouuuuur, il se transforme lentement en Barney-bis : un queutard égocentrique, un man-whore qui enchaîne les conquêtes d'un soir, qu'il jette sans pitié à la moindre imperfection, un moralisateur donneur de leçons... qui reste malgré tout présenté par la série comme un mec bien et un grand romantique. À n'y rien comprendre.

À l'approche de la saison 6, le show stagne, s'embourbe, refuse de faire avancer ses personnages et sa situation globale, les guests se multiplient, les épisodes indépendants aussi, plus ou moins inspirés... bref, la série patauge. Pour sa sixième année, Lily et Marshall tentent alors de concevoir un bébé, tandis que la production décide de rajouter une couche de mystère dès le season premiere, en mettant en scène un mariage sans nous donner l'identité des deux fiancés. Et zou, ça repart pour une année de meublage, durant laquelle la production joue la carte de l'émotion : Marshall est confronté à la mort de son père, alors que lui-même tente de concevoir avec Lily, Barney découvre ses véritables origines, Ted s'amourache de Jennifer Morrison, une activiste mariée, et Robin... ne sert à rien.

Malgré cette tentative de mêler comédie et pathos à la Scrubs, la saison 6 confirme ainsi le statut de caricatures ambulantes de ses personnages : les scénaristes peinent à meubler l'intrigue principale avec des épisodes peu originaux, luttent à maîtriser leur propre continuité, et l'approche originale de la narration s'est muée en accumulation de gimmicks aux ficelles voyantes, et en gros clichés de la sitcom en studio.

Dans cette année creuse, la série fait du surplace, une situation qui se confirme en saison 7. Pire, c'est l'occasion pour les scénaristes de faire un pas en arrière, de se retourner vers le passé, et de revisiter (sans grande inspiration) les premières saisons. En vrac, on se retrouve ainsi confronté au retour de l'adorable Victoria, pour une poignée d'épisodes ; à la résolution décevante de certains mystères des premiers épisodes (le slutty pumpkin) ; et à un bref rapprochement entre Ted et Robin.

Le reste des personnages continue son petit bonhomme de chemin, sans grand intérêt ni réelle évolution, fiançailles de Barney à une strip-teaseuse terne, et arrivée du bébé de Lily et Marshall mises à part (de quoi augurer du pire pour la saison 8).

Sans oublier un nouvel acte honteux de Ted, en fin de saison, lorsqu'il fait subir à un pauvre hère ce que lui-même avait connu aux mains de Stella : en volant Victoria à l'autel le jour de son mariage, il ne fait que prouver une fois de plus à quel point le personnage est devenu détestable et égocentrique. Et pourtant, comme toujours, l'acte est présenté comme romantique et spontané... 

En bref : une sitcom aux débuts particulièrement enthousiasmants, qui laissaient augurer du meilleur. Mais malheureusement, au fil des saisons, la lente déliquescence de l'écriture, conjuguée à un refus de prendre des risques, a sonné le glas d'un show en très nette perte de vitesse créative. Les audiences, cependant, continuent d'être stables et fortes, ce qui, sur une chaîne comme CBS, laisse peut-être présager de la survie de HIMYM pendant plusieurs années encore...

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